Orgue à cylindres d'Airvault

"Voix et orgue mécanique d'Airvault" : CD Vendu 7 €uros - Renseignements à la mairie d'Airvault.
Chants accompagnés des airs notés sur les cylindres en bois. Chorale de près de 70 chanteurs.

     Airvault possédait à la tribune de sa magnifique abbatiale romane un orgue étrange qui vu d'en bas semblait n'être constitué que d'une montre (ensemble des tuyaux de façade d'un orgue. Ce jeu peut aussi être appelé "principal", ce qui dit bien ce que cela veut dire) aux tuyaux coupés sur le ton entre lesquels on devinait le vitrail du fond de l'église : tout cela donnait une certaine impression de pauvreté ; y avait-il vraiment un orgue là-haut ? Si oui, cela ne devait pas être grand-chose.

L'orgue actuel

     Si le visiteur montait à la tribune, il découvrait alors derrière cette montre un petit orgue de six jeux avec un clavier de quatre octaves, sans pédalier. Il pouvait alors se rendre compte que la montre était un jeu rapporté qui ne faisait pas partie de l'instrument à l'origine car elle y était rattachée par un système pneumatique qui n'avait rien à voir avec ce petit instrument. L'ensemble fonctionnant très mal, cet orgue avait été abandonné au profit d'un orgue électronique. Derrière cet instrument, le visiteur découvrait de longues caisses étroites, et à l'intérieur de chacune d'entre elles, deux cylindres de bois portant des picots qui faisaient donc partie d'un instrument mécanique. En les examinant d'un peu plus près, on pouvait lire des inscriptions faites à la main : Messes pour les solennelles majeures… Début …Kyrie…Gloria… Communion etc…

     Ainsi donc, ce petit orgue plutôt bizarre aurait été un orgue mécanique ! En effet, un examen plus soigneux du meuble permettait de trouver une ouverture par laquelle on passait les cylindres, mais en revanche pour un œil non expert, il ne restait aucune trace du mécanisme de lecture de ces cylindres.

         Un jour, Jean-Albert Villard, alors organiste de la cathédrale de Poitiers et technicien conseil pour les orgues classés est venu l'expertiser : il s'est aperçu en ouvrant la laye . qu'elle était constituée de deux étages : la partie inférieure correspondant au clavier manuel avait conservé ses soupapes, mais la partie supérieure avait été condamnée : alors que la partie mécanique de l'orgue n'intéressait plus les maîtres des lieux, on l'avait tout bonnement supprimée.

A la visite de J.A. Villard a succédé celle de Philippe Bachet, actuel technicien conseil auprès de la D.R.A.C. et l'orgue d'Airvault qui avait été acheté d'occasion à la paroisse de Claunay (86) par le conseil de fabrique en 1839, a été classé Monument Historique le 21 décembre 1994.

L'orgue avant sa restauration
 

     La D.R.A.C. et la municipalité d'Airvault se sont mises d'accord pour décider la restauration de cet instrument et son installation à l'avant de la nef de l'abbatiale.

     Cet orgue est unique dans notre région et très rare dans le pays : en France, il y aurait seulement trois ou quatre instruments semblables (pouvant fonctionner à la fois avec des cylindres et un clavier manuel). La restauration a été confiée au "Ludion" atelier de fabrication et de restauration d'orgues mécaniques.

Installation des postages pour la flûte de Bonn

     M. Crasse, responsable de cette entreprise, a procédé à une nouvelle expertise et au démontage de l'instrument. Il l'a immédiatement identifié comme un instrument originaire de la fabrique de Mirecourt dans les Vosges. Certainement à la fin du 19ème siècle, avait-on voulu transformer l'instrument mécanique en un "vrai" orgue ; on avait donc supprimé la partie mécanique, rajouté des notes, étendu le clavier, ajouté un petit sommier pour installer les tuyaux supplémentaires. Plus tard, on lui avait adjoint une montre, donc un jeu de "principal" afin de donner du corps à un instrument trop léger pour remplir la nef de cette abbatiale.

Le travail du facteur d'orgues a donc consisté à faire le chemin inverse pour retrouver l'orgue dans son état d'origine ou le plus voisin possible. Avec beaucoup de patience, il a dû analyser les cylindres pour déterminer quelles étaient les notes de l'orgue. Ensuite, il a fallu reconstituer le mécanisme de lecture puis reconstruire tout l'instrument dans sa nouvelle configuration. On a gardé une grande partie de la tuyauterie que l'on a restaurée, mais on a ajouté quelques jeux neufs (voir la composition : leur nom est écrit en italique). Pour effectuer le travail sur la tuyauterie métallique, on a fait appel au facteur d'orgues Patrice Bellet. Certains tuyaux sont installés sur le sommier* principal mais d'autres sont postés* sur un autre sommier plus haut. Les postages sont fabriqués avec une sorte de papier (bleu) ainsi que le veut la tradition à Mirecourt ; leur section n'étant pas large, on ne peut pas jouer à la fois tous les jeux de ce sommier secondaire car on manquerait de vent.

     Puisque nous parlons du vent, notons qu'on a conservé la soufflerie d'origine à pompe manuelle mais on lui a adjoint un ventilateur électrique. Les cylindres ont été restaurés eux aussi et sont maintenant entreposés dans un meuble placé derrière l'orgue. Ils sont en peuplier carolin, une variété qui a la particularité de ne pas "recracher" les picots. Ceux-ci étaient plantés par des spécialistes qui faisaient ce travail comme d'autres faisaient de l'horlogerie.

     Pour jouer un cylindre, on le place sur le berceau que l'on fait glisser sous le clavier mécanique. Des repères écrits permettent de trouver le début des différents airs. Une manivelle entraîne lentement le mouvement de rotation du cylindre et les picots en laiton soulèvent les touches du clavier mécanique, ouvrant ainsi les soupapes de la partie supérieure de la laye et faisant chanter l'instrument selon les registres choisis. Certains airs durent exactement un tour de cylindre, d'autres sont plus longs et dans ce cas, le cylindre, guidé par une vis sans fin se déplace progressivement vers le côté.

     Pour le moment, la restauration n'est pas tout à fait terminée : il reste un travail à faire sur la mécanique faisant chanter le clavier manuel. L'orgue a maintenant 37 notes allant de UT 1 à MI 4. Manquent dans les graves : UT dièse, RE dièse, SOL dièse.

Composition: bourdon 8, prestant 4, nasard doublette 2, flûte de Bonn 4, larigot 11/3 et tierce cromorne 8

Les questions que se posent les amateurs sont les suivantes : qu'est-ce que ces cylindres ont à nous dire ? Derrière les titres manuscrits, quelle musique est "gravée" dans ces rouleaux ? Comment s'en servait-on dans les offices ? Dans l'Inventaire des Orgues en Poitou-Charentes, Jean-Albert Villard écrivait : "Ces rouleaux sont d'un grand intérêt musicologique, et constituent un témoignage irremplaçable." Les responsables envisagent d'enregistrer un C.D des différents airs contenus dans les cylindres.

Liste des airs des cylindres collée dans l'orgue

     Les Amis de l'Orgue qui souhaiteraient faire le déplacement sont invités à prendre contact avec Serge Rousseau, organiste amateur très chanceux puisqu'il a pu participer à la construction d'un orgue de 20 jeux de Bernard Aubertin à Saint-Loup-sur-Thouet à cinq minutes d'Airvault. On peut donc visiter les deux orgues et l'église d'Airvault, magnifique abbatiale romane ornée d'une multitude de chapiteaux historiés (la paire de jumelles n'est pas superflue car l'église est haute).

 

La Laye: (Mot conservé du vieux français signifiant tiroir, coffre.) : compartiment situé au dessous et tout le long du sommier, et recevant l'air provenant de la soufflerie. Ce réservoir étanche renferme les soupapes actionnées par les touches du clavier, commandant l'admission d'air dans les gravures et les tuyaux)

Postage : certains tuyaux ne peuvent pas être posés directement sur le sommier ; ils sont alors "postés" à distance : le plus souvent, c'est le cas des tuyaux de façade qui reçoivent l'air par des conduits en plomb les reliant au sommier.

Sommier : le sommier est l'appareillage le plus compliqué de l'orgue : il supporte l'ensemble de la tuyauterie, et comporte un double système d'admission de l'air vers les tuyaux :
- l'un est commandé par les touches du clavier, ce sont les soupapes,
- l'autre (les registres) permet de choisir un "jeu" de tuyaux de même timbre (flûte, trompette...). Le système permet donc d'alimenter en air seulement les tuyaux dont les registres ont été sélectionnés.

Serge Rousseau
9, rue de la Ferronnerie
79600 Airvault
Tél : 05.49.70.81.92
rousseau.serge2@wanadoo.fr